Pendant longtemps, j’ai été fière de ma capacité à tout gérer. J’apprenais vite, je trouvais des solutions et je pouvais tenir une cadence que d’autres auraient eu du mal à suivre. On me le reconnaissait, et cela me plaisait. Mais quand une qualité qui t’a permis de réussir commence à t’épuiser, faut-il vraiment chercher à t’en débarrasser ?
Ce que tu vas découvrir dans cet article
- Une capacité peut rester précieuse alors que la manière de l’utiliser est devenue coûteuse.
- Le problème ne vient pas toujours de ce que tu es : les habitudes, les exigences et le contexte comptent aussi.
- Changer peut consister à retrouver le choix d’utiliser une ressource, plutôt qu’à devenir l’opposé de soi-même.
Le jour où je ne me suis plus reconnue
Je revois encore le bureau de ce collègue. Je trouvais son comportement injuste, et j’avais des choses à lui dire. Mais ce jour-là, j’ai haussé le ton, je me suis penchée face à lui et j’ai tapé du poing sur la table. Je sentais ma mâchoire serrée, une chaleur intense dans le corps et des tremblements intérieurs que personne ne percevait. En repartant, je savais que mes propos pouvaient être justifiés, mais que ma réaction avait été disproportionnée.
Moi qui me considérais comme solide, nerveusement et émotionnellement, je ne me reconnaissais plus. Ce n’était pas la première alerte. Un autre jour, debout au travail, j’avais eu l’impression que mon corps s’enflammait de l’intérieur, au point de craindre un malaise. Je ne savais pas encore interpréter ces manifestations, ni les relier à ce que je vivais depuis longtemps. Et malgré cela, j’ai continué près de deux ans, jusqu’à un burn-out officiellement diagnostiqué, à l’approche de mes quarante ans.
J’aimais ce que mes capacités me permettaient d’accomplir
Avant ma reconversion, j’ai travaillé plus de vingt ans en entreprise, dans la logistique, la distribution, les achats, l’export ou l’administration des ventes. Changer de secteur me stimulait. Je comprenais vite, je m’adaptais, j’avais besoin d’apprendre et de ne pas m’ennuyer. J’aimais relever des défis et me démarquer par mes résultats. C’est une partie importante de mon histoire : je n’étais pas uniquement soumise à des exigences extérieures. Je prenais aussi du plaisir dans cette intensité.
Seulement, je ne savais pas faire les choses à moitié. Je pouvais traiter beaucoup d’informations, enchaîner les dossiers et avancer même lorsque ma tête me semblait en surchauffe. Ma fatigue était devenue une collègue avec laquelle je composais tous les jours. Je la sentais, mais je donnais davantage de poids au travail accompli qu’aux signaux de mon corps.
Avec le recul, je vois mieux ce qui se renforçait : des capacités réelles, mon goût de la performance, la reconnaissance obtenue, des habitudes bien installées et des environnements toujours plus exigeants. Réussir ne m’indiquait pas si le prix à payer restait acceptable.
Quand une qualité devient une obligation
Je trouve qu’on interroge facilement les comportements qui nous mettent en difficulté, beaucoup moins ceux qui nous ont permis de réussir. Pourtant, il est parfois plus compliqué de remettre en question une habitude récompensée qu’une habitude dont on a toujours vu les inconvénients.
Celle qui sait organiser finit par tout organiser. Celle qui réagit vite devient la personne que l’on sollicite dans l’urgence. Celle qui peut supporter la pression finit par croire qu’elle doit pouvoir la supporter encore. Et parfois, son entourage le croit aussi.
Mais être capable de faire quelque chose ne signifie pas devoir le faire en permanence. Une qualité, l’usage que tu en fais et les conditions dans lesquelles tu l’utilises sont trois réalités différentes. La fatigue peut venir de leur combinaison, mais aussi d’autres facteurs qu’il faut examiner, y compris sur le plan médical lorsque c’est nécessaire. Il serait trop rapide d’appeler cela systématiquement un trauma, une suradaptation ou une particularité neuroatypique.
La question que j’aurais aimé me poser plus tôt est simple : est-ce que je choisis encore de mobiliser cette capacité, ou est-ce devenu une exigence à laquelle je ne sais plus me soustraire ?
Elle aimait recevoir. Alors pourquoi fallait-il toujours en faire plus ?
Une cliente, que j’appellerai Patty, voulait se débarrasser de son « petit vélo dans la tête ». Elle anticipait tout, imaginait des déceptions possibles et se mettait une pression énorme. Mais l’exemple qu’elle m’a rapporté illustre surtout le moment où une qualité devient le moteur d’exigences supplémentaires.
Patty préparait un dîner pour sa famille. Elle aimait recevoir, bien préparer les choses et faire plaisir. Puis les pensées sont arrivées : et s’il n’y avait pas assez à manger ? Et si les invités n’étaient pas satisfaits ? Et s’ils la jugeaient ? Elle envisageait de racheter des produits, d’allonger la liste des tâches, de nettoyer encore. Son plaisir spontané de recevoir se mélangeait à la peur du manque, au besoin de reconnaissance et aux scénarios négatifs auxquels elle accordait beaucoup de crédit.
Nous avions travaillé à reconnaître ces pensées pour ce qu’elles étaient, à observer le malaise qu’elles provoquaient notamment dans son plexus, et à revenir à ses besoins réels. Cette fois-là, elle s’est arrêtée. Elle a vérifié ce qui était nécessaire, puis choisi de ne pas en faire davantage. Son dîner n’exigeait pas qu’elle s’épuise pour prouver qu’elle recevait bien.
Elle n’avait pas perdu son sens de l’organisation. Elle avait retrouvé une possibilité : décider quand l’utiliser, plutôt que suivre toutes les alarmes de son dialogue intérieur.
Ce que je cherche à comprendre avant de proposer de changer
En cabinet, je ne pars jamais du principe que « je réfléchis trop », « je suis trop exigeante » ou « je manque de confiance en moi » décrivent déjà le problème. Je demande ce que ces mots signifient pour la personne, des situations précises, les conséquences dans sa vie et depuis quand elle se reconnaît dans cette manière de faire. Je cherche aussi ce qu’elle souhaite réellement modifier, et pour obtenir quoi.
Parfois, une difficulté mérite un travail ciblé ou un soulagement rapide. Parfois, plusieurs facteurs se superposent. Ce que la personne ressent, ce qu’elle en conclut sur elle-même, ce qui a contribué à sa difficulté et ce qui l’entretient aujourd’hui ne se confondent pas nécessairement.
Je pense à Déborah, prénom modifié, qui avait traversé des épreuves considérables, reconstruit sa vie avec ses enfants et retrouvé une stabilité professionnelle. Elle disait pourtant manquer de confiance en elle. Reprendre avec elle ce qu’elle avait accompli l’a aidée à reconnaître des capacités qu’elle minimisait. Son besoin ne se réduisait pas à apprendre à être plus capable : il concernait aussi la valeur qu’elle s’accordait. J’ai développé cette distinction dans mon article sur le manque de confiance en soi.
On ne va pas transformer une cérébrale en tête de linotte
Quand une cliente veut « être plus affirmée », il m’arrive de la provoquer gentiment en lui décrivant une personne qui exprime tout haut et fort, réagit vivement et ne laisse jamais passer un désaccord. « C’est vraiment comme ça que tu veux être ? » Souvent, non. Elle veut pouvoir dire ce qu’elle pense sans culpabiliser, maintenir une limite ou demander quelque chose sans avoir l’impression de déranger.
Je lui dis parfois : « On va garder le meilleur du pire. » J’entends par là qu’on ne va pas rejeter d’emblée tout un fonctionnement parce qu’un de ses aspects coûte cher. Je ne crois pas à la baguette magique qui ferait passer une femme sensible à insensible, une cérébrale à tête de linotte, une perfectionniste à laxiste ou une femme anxieuse à totalement indifférente.
Cela ne signifie pas qu’il faille conserver un symptôme envahissant ni renoncer à évoluer profondément. Certaines réactions peuvent s’apaiser, certaines habitudes se modifier et des capacités nouvelles s’apprendre. Mais il faut savoir ce que l’on veut changer, plutôt que poursuivre une caricature de ce que serait une personne « enfin équilibrée ».
Avant de te corriger, regarde ce qui se passe vraiment
Essaie de repartir d’un moment récent où tu t’es dit : « Je suis trop perfectionniste », « je contrôle tout » ou « je veux toujours trop bien faire ». Décris ce qui s’est passé, sans commencer par te juger. Qu’as-tu réellement fait ? Qu’est-ce que tu craignais ? Quelle attente venait de toi, et laquelle venait de l’extérieur ? Qu’as-tu senti dans ton corps, avant et après ?
Imagine ensuite ce que tu aurais aimé faire autrement. Pas une personnalité entièrement différente : une réponse précise, dans cette situation. Peut-être t’arrêter après avoir fait suffisamment, demander un délai, laisser quelqu’un d’autre prendre sa part ou accepter qu’un résultat ne soit pas parfait.
Enfin, interroge le prix de ton fonctionnement actuel et ce que tu souhaites conserver de lui. Ce premier regard ne permet pas d’identifier à lui seul toutes les causes d’une difficulté. Il peut néanmoins faire apparaître une question beaucoup plus utile que « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » : « Qu’est-ce qui, dans cette situation, mérite réellement d’être ajusté ? »
Garder sa force sans devoir la prouver tout le temps
Je n’ai pas renoncé à ma rapidité, à ma curiosité ni à ma capacité d’adaptation. J’ai dû apprendre à les utiliser autrement et à regarder le coût de certaines exigences auxquelles je répondais, y compris celles que je m’imposais. Le résultat obtenu ne suffit pas à dire si une manière de fonctionner nous convient encore.
Tu peux apprécier profondément une qualité et reconnaître que l’usage que tu en fais aujourd’hui t’épuise. Tu peux vouloir changer sans renier ce qu’elle t’a permis d’accomplir. Devenir ta propre référence, ce n’est pas toujours te donner raison : c’est disposer de meilleurs repères pour choisir ce que tu souhaites préserver, ajuster ou transformer.
Et si tu ne savais plus ce qu’il faut changer ou préserver ?
Lorsque ton histoire, tes capacités, tes habitudes et les contraintes de ton quotidien se sont entremêlées, il n’est pas toujours évident de savoir où regarder. La Boussole est une démarche d’exploration intégrative personnalisée qui vise à distinguer les facteurs possibles, leurs interactions et les priorités de travail. Elle ne remplace pas un diagnostic ni des investigations médicales lorsqu’elles sont nécessaires.
Je propose cette exploration à mon cabinet de Meudon-la-Forêt, dans les Hauts-de-Seine (92), ainsi qu’en visioconférence. Tu peux découvrir son déroulement pour voir si ce cadre correspond à ta situation.
À propos de l’autrice
Natacha Coudray est hypnothérapeute, praticienne en thérapies brèves, coach PNL et psychopraticienne spécialisée dans l’exploration des neuroatypies. Formée depuis 2016, elle accompagne principalement des femmes qui souhaitent mieux comprendre ce qui se mélange dans leurs difficultés pour retrouver des repères et agir plus justement. Elle reçoit à Meudon-la-Forêt (92) et en visioconférence. Sa signature : « Deviens ta propre référence. »
Questions fréquentes
Pourquoi certaines de mes qualités m’épuisent-elles alors qu’elles m’ont longtemps aidée ?
Parce qu’une capacité peut être sollicitée trop souvent, dans des conditions trop exigeantes ou sans récupération suffisante. La reconnaissance que tu en tires peut aussi rendre difficile le fait de ralentir. Ce n’est pas une explication universelle : le contexte, l’état de santé et les contraintes concrètes comptent également.
Comment savoir si je m’adapte par choix ou parce que je me sens obligée ?
Regarde ce qui se passe lorsque tu envisages de faire moins ou autrement. Peux-tu réellement refuser, demander un délai ou déléguer ? Quelles conséquences anticipes-tu, et lesquelles sont plausibles dans ton environnement ? Une adaptation peut être librement choisie, nécessaire dans une situation donnée ou devenue automatique : ces possibilités ne s’excluent pas toujours.
Faut-il renoncer à son perfectionnisme pour retrouver un meilleur équilibre ?
Pas forcément. Aimer le travail soigné peut être une ressource. Mais si chaque détail devient indispensable, si une erreur paraît intolérable ou si le coût dépasse régulièrement le bénéfice, il peut être utile de revoir les critères que tu t’imposes et leur origine, sans renoncer à tes exigences là où elles ont du sens.
Peut-on changer une habitude sans perdre ce qu’on aime dans sa personnalité ?
Oui, et c’est souvent un objectif plus juste que de chercher à devenir l’opposé de soi-même. Tu peux garder ton sens de l’organisation tout en apprenant à t’arrêter, ou ton empathie tout en posant des limites. Le travail porte alors sur les conditions et les réponses possibles, pas sur l’effacement de ton identité.
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